Du 18 mai au 30 juin, la galerie Out of Africa Gallery se transformera en un sanctuaire de l’expression culturelle avec l’arrivée de l’exposition « Manawa » de l’artiste acclamé Armand Boua.
L’inauguration, prévue pour le samedi 18 mai à 20h00, promet d’être un événement mémorable, enrichi de l’effervescence du cava et de l’harmonie de la musique live offerte par Marlène Diva. C’est une occasion de plonger dans le monde de Boua, où la vie quotidienne des « MANAWA » est élevée au rang d’art.
Né à Abidjan en 1978, Armand Boua a laissé une marque indélébile sur la scène artistique mondiale. Son travail a été sélectionné pour des événements prestigieux tels que la Biennale de Dakar en 2010 et 2022, ainsi que la Biennale de Venise en 2022. Ses œuvres résident dans des collections renommées dans le monde entier, du Minneapolis Institute of Art à la Galerie Saatchi au Royaume-Uni, en passant par le Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain à Rabat, au Maroc.
La série d’œuvres que Boua présente dans « Manawa » illumine les vies de ceux que l’on appelle familièrement « MANAWA » à Abidjan. À travers des toiles de différentes dimensions, l’artiste utilise des éclaboussures audacieuses de couleur pour insuffler de la vie dans le fond terne du beige et de l’obscurité du goudron, représentant ces apprentis dans leur habitat naturel.
Bien que les images restent quelque peu abstraites, elles parviennent à évoquer les paysages familiers qui nous entourent mais qui échappent souvent à notre véritable attention. Le fervent et l’adversité de leur travail sont palpables, même dans leur simple suggestion, invitant les spectateurs à réfléchir aux luttes invisibles qui sous-tendent nos environnements urbains.
La virtuosité de Boua réside dans sa capacité à transmettre de manière suggestive les réalités crues du travail, suscitant à la fois empathie et introspection. Nous ne verrons plus un « MANAWA » sur un chantier sans immédiatement réfléchir à leur situation difficile et ressentir une pointe de compassion. Cependant, une telle compassion doit catalyser l’action. L’artiste a rempli son rôle dans cette lutte, invitant le public à considérer non seulement la beauté de ses créations, mais aussi le message humain et social qu’elles portent en elles.
MANAWA
Agé de 46 ans, le peintre Armand BOUA est dans la plénitude de sa maturité et cela se voit dans son œuvre !
Je suis -et j’apprécie- son travail depuis que je l’ai sélectionné pour le IN de l’exposition internationale de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, DAK’ART 2010. Je ne le connaissais absolument pas, mais sa proposition artistique, m’avait plu.
Né à Abidjan en 1978, issu de l’Ecole Nationale des beaux-arts d’Abidjan et du Centre technique des arts appliqués (CTAA) de Bingerville, Armand BOUA a, depuis lors, fait une très belle carrière, tant dans son pays qu’à l’international.
Il a, ainsi été exposé individuellement ces dernières années notamment à la Jack Bell Gallery (Londres) en 2018, 2019 et 2020 ; chez Lars Kristian BODE (Hambourg) en 2018 ; à la Galerie Cécile FAKHOURY (Dakar puis Abidjan) en 2018 et 2019 ; chez Ethan COHEN (New York) en 2021 et 2022 ; et à la Fondation MONTRESSO (Maroc) en 2021 et 2023.
Au cours des cinq dernières années il a participé à des expositions collectives dans de nombreux pays : Norvège, Maroc, Etats-Unis, Royaume Uni, Côte d’Ivoire, Italie, Sénégal et Suisse, notamment.
Son travail a été sélectionné, en particulier, pour la Biennale de Dakar en 2010 et 2022 et pour la Biennale de Venise en 2022. De même, ses œuvres se trouvent au sein de prestigieuses collections aux Etats-Unis, à l’Institut d’art de Minneapolis, au Musée Mohamed VI d’art moderne et contemporain, à Rabat au Maroc, à la Saatchi Gallery au Royaume Uni, à la Collection Fraries Suss à Hong-Kong, à la Collection Trioche Deleon, en Israël, à la Fondation MONTRESSO au Maroc et dans de nombreuses collections privées à travers le monde.
Armand BOUA est un peintre et je ne lui connais pas d’incursion notable dans les autres domaines des arts visuels.
Sa technique a évolué avec le temps, mais la base reste toujours un travail sur du carton peint à l’acrylique puis écorché et lacéré, et repeint, puis enfin, marouflé sur toile. L’effet obtenu fait penser à ces murs de nos cités où subsistent plusieurs couches de peinture, d’affiches collées et décollées par les alluvions du temps qui passe. Il emploie la peinture acrylique et diverses formes de goudron pour appuyer ses traits et donner à ses œuvres une allure singulière et qu’il n’est pas possible de confondre avec d’autres. Cette technique très « urbaine » est tout à fait adaptée aux thématiques principales traitées par l’artiste, celles des jeunes des villes, sous toutes leurs formes, sous toutes les conditions.
Car c’est de l’humain que traite le travail d’Armand BOUA et en ce sens sa peinture est exclusivement figurative. Mais elle prend beaucoup de libertés avec la reproduction littérale de ses sujets, ce qui permettrait également de la qualifier, au moins partiellement, d’abstraite et c’est bien, parce qu’elle échappe à toute définition, toute mise dans une case déterminée. L’artiste est libre, libre de représenter ce qu’il sent et ce qu’il perçoit, à sa manière, selon l’humeur du jour et c’est parfait ainsi !
Armand BOUA a, comme nous tous, été sensible à ces nuées d’enfants des rues qui parcourent nos capitales à la recherche d’un peu de nourriture, d’un toit où se loger, de vêtements pour les protéger de la fraîcheur de certaines de nos villes. Nous ne voulons pas les voir, nous les avons, mentalement, incorporés dans le « paysage » dont ils font partie intégrante et cela nous permet de ne pas avoir trop de remords de conscience. L’artiste s’est acharné à leur donner une visibilité.
Phénomène de mode, dira-t-on, et qui permet de se donner bonne conscience et dont il existe plusieurs manifestations dans le paysage artistique africain, y compris en Côte d’Ivoire. Tant que ce phénomène existera, il n’y aura pas assez d’artistes qui mettront leur talent au service d’une cause qui est absolue et qui poursuit la disparition d’un phénomène social inacceptable.
Mais Armand BOUA a cherché à aller plus loin. Dans nos villes surpeuplées et asphyxiées par la natalité et l’exode rural, dans nos pays où plus de la moitié de la population a moins de vingt cinq ans, cohabitent tout un ensemble de jeunes, à peine sortis de l’adolescence, sans qualification, sans orientation et qui essayent de survivre dans un univers moralement violent et physiquement violent.
Certains « tournent mal », et pouvons-nous le leur reprocher, et alimentent les récits de voleurs à la tire, de trafiquants de drogue et autres délinquants et criminels. D’autres, quand ce ne sont pas les mêmes, tant la frontière qui les sépare est ténue, se battent pour essayer de s’en sortir honorablement et pratiquent ces « petits métiers » que l’on trouve partout dans nos villes : laveurs de voiture, cireurs de chaussure, apprentis de véhicules de transport en commun et autres métiers très difficiles, mais qui leur permettent, parfois, de se nourrir, voire de nourrir leur famille.
L’entraide et la solidarité qui vont parfois au-delà de la violence quotidienne, leur permettent d’espérer une amélioration de leur situation et l’accession à un « vrai » métier et on en a vu parvenir à d’importantes fonctions, voire à de vraies fortunes et dont la légende entretient l’espoir de tous ces jeunes en déshérence.
Dans la quinzaine d’œuvres qui sont ici exposées, Armand BOUA a choisi de mettre en lumière ceux qu’on appelle à Abidjan les « manawa », mot probablement dérivé du mot « manœuvre ». Il désigne les aide-maçons qui s’activent sur les chantiers de construction en se pliant à toutes les demandes d’assistance, porter des sacs de ciment, pousser des brouettes, gâcher du béton, monter des échafaudages. Leur rémunération est réduite à pas grand-chose, 2500 ou 3000 FCFA (soit environ 4 à 5 €) par journée de travail, mais elle leur permet d’avoir une occupation et de survivre en espérant progresser dans leur activité.
Sur des formats variables, d’un à deux mètres au carré, l’artiste avec des aplats de couleur vive qui animent le beige du fond et le noir des goudrons, nous montre ces apprentis dans leurs activités. L’image est à peine suggérée, les formes esquissées, mais elles expriment toutes ces paysages qui nous sont si familiers que nous ne les « voyons » plus. L’ardeur au travail et la difficulté se sentent, alors même qu’ils ne sont qu’évoqués.
Tout le très beau talent du peintre est là qui ne fait que suggérer et qui, en même temps, nous montre une réalité implacable qui nous touche et nous émeut. Partout à travers le monde nous ne pourrons plus voir un « manawa » s’activer sur un chantier de construction sans immédiatement penser à son sort et nous en apitoyer. Mais cette pitié doit nous conduire à l’action. L’artiste a accompli sa part du combat qu’il nous faut mener pour réduire toutes ces inégalités sociales.
A nous d’accomplir la nôtre !
Sylvain Sankalé



